B.I.C di : « Aba Kanaval ! »

UNE Dix ans après sa dernière méringue, B.I.C revient dans l’arène avec Aba Kanaval, une plaidoirie contre le dévoiement de cette fête au fil des dernières années. Le texte poignant n’est dirigé contre personne, mais plutôt contre la façon de faire qui laisse à désirer, dixit le chanteur.

Skinny bleu roi, bottes et képi sombres …le swag a un nom, il s’appelle B.I.C .Ce look des hommes branchés de la présente décennie se répercute également sur le poster de « Aba Kanaval », sa nouvelle méringue carnavalesque, sa première depuis 10 ans. La voix de l’opus Vokabi-Lari y pose avec un blouson à capuche.

Nos jeunes lecteurs, notamment ceux qui n’ont pas encore 10 ans, n’ont pas connu l’époque où le parolier nous fidélisait au fil des ans avec des méringues les unes plus accrocheuses que les autres. Que ça soit au sein du défunt groupe Flex ou en solo, entre 2000 et 2007, son pseudo était associé à des compositions qui traversent le temps ou qui trônent encore dans nos playlists coup de coeur de carnaval « old fashion ». Prechi-Precha, Wouj kon chabon, Alma-mater ,Terapi…pour ne citer que celles-là.

Brusquement, un silence radio de sa part en matière de production de carnaval s’est imposé au grand dam des fans qui se consolent sur les albums et singles qu’il émet entre-temps. 10 ans plus tard, l’artiste nous explique le pourquoi de ce sevrage. « Ce que le carnaval est devenu à l’époque me portait ombrage. La poésie a cédé la place aux obscénités. En plus, les animateurs, emportés par le nouveau courant, faisaient la moue à toute production n’allant pas dans ce sens », témoigne la voix de Pòtoprens. « Je n’entendais pas, dit-il, cautionner ce nivellement par le bas et je crains d’être associé à ce que le carnaval est devenu entre 2007 et aujourd’hui .»

A force de réfléchir sur cette descente aux enfers, le parolier en vient à admettre que sa décision de laisser le navire, tandis qu’il perdait les repères, n’était pas la bonne. « Il fallait y rester et tenter au maximum d’y remédier », souligne-t-il. D’où son come-back en 2017 avec Aba Kanaval.

Le titre, qui a priori évoque des diatribes de pasteurs prosélytes à l’endroit de cette fête populaire, est une façon pour l’artiste au pseudo-éponyme d’une marque de plumes de questionner ce qu’elle est devenue. « Le carnaval est synonyme de couleurs. Chez nous on y participe nu. Il est organisé ailleurs pour attirer des étrangers. Ici, il n’est fait que pour nous», déplore-t-il. L’autre élément ayant contribué à son come-back est le fait pour lui d’être père de deux filles. « Elles savent, dit-il, que je suis un artiste et que je suis connu. Elles savent aussi que le carnaval est la plus grande fête populaire à laquelle elles ne peuvent participer pour des raisons que je garderai de leur révéler .» Tel que cette fête s’organise, selon lui, elle ne tient pas compte des enfants, des handicapés, des personnes âgées, des hommes qui se refusent à exercer la violence. « Ce sont les artistes qui ont entraîné le carnaval là où il est. Ce n’est ni l’Etat, ni la mairie, ni les médias. La société se modèle selon les propositions des créateurs. Si vous les entraînez dans les bas-fonds, ils vous suivront. Si vous les entraînez aux sommets, ils vous suivront également », commente le chanteur.

« Par le passé, poursuit-il, même les guéguerres n’étaient pas malsaines. On se rappelle de la polémique entre King Posse et Original. Nos parents se souviennent de Scorpio Vs D.P express. C’était de la compétition certes mais saine. On n’allait pas jusqu’à porter atteinte à la vie privée de son rival comme c’est le cas depuis 10 ans .»

Aba Kanaval n’est dirigée contre personne, mais plutôt contre une façon de faire. B.I.C pointe du doigt par exemple le fait par le comité d’attribuer des chars d’office à des groupes avant même que le thème du carnaval ne soit trouvé. « J’admets que, partout, il y a des V.I.P. Mais à leur attribuer un char avant même qu’ils aient composé une méringue allant dans le sens du thème soumis décourage les artistes et groupes qui peinent à émerger et qui ont trimé pour proposer quelque chose de valeur », explique l’ex-lead du groupe Flex.

L’enjeu idéalement, à son humble opinion, serait de prioriser la qualité des textes. Ce faisant, on encouragerait l’excellence. On valoriserait les acquis scolaires en matière de littérature. La nouvelle méringue n’est vieille que de deux semaines. Elle a surgi de l’instant où M. Saillant a décidé de revenir sur l’échiquier. Elle a été lancée sur Plezi-Kanaval ce dimanche 15 janvier. Son objectif, aux dires de son auteur, est de prouver qu’on peut faire danser sans inciter à la violence, sans lancer des obscénités et surtout porter tous les acteurs et consommateurs de notre carnaval à un questionnement.

Pas encore de clip pour Aba Kanaval qui a été enregitré à Klip Studio Bit la et Tizondife Records. La voix féminine qui partage le morceau avec le chanteur répond au nom de Cinthia Michel. Elle fait partie de son groupe depuis quelque temps.

Puisque la chanson est assez éloquente, B.I.C estime que le public en saisira le sens facilement. Il a tenu par contre à s’adresser dans nos lignes aux artistes qui doivent prendre leur responsabilité dans le dévoiement de la plus grande fête populaire nationale. Son hommage à l’endroit de trois frères de métier qui nous ont quittés en 2016 n’est pas juste pour rallonger le texte. Black Alex qui symbolise King Posse et le mouvement ragga, Kessy le secteur racine et Black EZ, le compas. Il souligne que ce sont trois artistes qui nous ont fait danser sans jamais avoir recours à des mots violents ou des termes orduriers. Ils sont donc des exemples à suivre pour les jeunes de leur secteur respectif.

Qu’il soit clair pour tout le monde, B.I.C ne fait pas son come-back pour tenter d’avoir un char. Il nous rappelle que, même durant l’âge d’or de Flex qui l’a fait connaître, il n’a jamais participé à un défilé carnavalesque. Aujourd’hui, même en cas de succès de sa nouvelle méringue, il ne lèvera pas le petit doigt pour essayer de trouver un char. Cependant, si la proposition lui est faite comme ça doit, il promet de s’assurer d’être à la hauteur du béton, lui qu’on considère, à tort, chez nous comme un artiste d’intérieur. « Se jan m vre ! », conclut-il.

 

http://lenouvelliste.com/article/167427/bic-di-aba-kanaval

 

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By Dazibao

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